vendredi 13 avril 2007

Les éminences grises

Le fumeur est un guerrier contemporain. Le samouraï du tabac qui trompe la mort en riant de toutes ses dents jaunes. Et lorsque vient le moment crucial, le hara-kiri de la patch, le fumeur n’est plus un simple mortel, mais véritablement un héros moderne dont les louanges seront toussotées depuis les poumons encrassés de ses congénères.
Si le fumeur est un être de volonté, l’ex-fumeur est, par conséquent, un véritable demi-dieu car il a surmonté la suprême dépendance. Plus difficile à combattre que l’héroïne, selon certains médecins qualifiés, le tabagisme vient à bout des hommes et des femmes les plus coriaces et obstinés que la Terre ait connu. Les survivants sont des êtres d’une rare qualité.
Bien humblement, je peux dire que je fais partie de cette race opiniâtre. Mais voilà, sous les assauts répétés de l’ennemi, je viens tout juste de recommencer à griller mes bâtonnets de cancer.

Il n’y a pas à dire, l’accomplissement ultime est d’arrêter de fumer. C’est plus difficile à réussir que de pacifier l’Afghanistan ou de traverser la Manche en pédalo. Les non-fumeurs, de par leur triste situation, ne pourront jamais accomplir rien d’ultime pendant leur existence. Ils sont voués à réaliser de petites choses sans importance tout au long de leur vie, qui malheureusement pour eux, sera beaucoup trop longue pour rien. Mais la fumée secondaire, sans conteste notre plus grande réussite, pourrait changer la donne.

La fumée secondaire, c’est un cadeau que nous vous avons fait, question de vous endurcir. À notre plus grande joie, on constate aujourd’hui que les non-fumeurs sont plus agressifs et plus combatifs que jamais. Tout ça grâce à nous. Comme les gens de Québec qui s’opposent à sens unique aux gens de Montréal, les non-fumeurs querelleurs se définissent par rapport aux fumeurs et ne se rendent même pas compte que ce sont nous qui les avons créés. Nous leurs avons donné une raison de se battre.

Amis fumeurs, nous sommes entrain de revitaliser tout un peuple et nous lui donnons une cause, un objectif commun, un nécessaire besoin de survie. Nous sommes les Pères d’une masse inquiète de sa santé et de son avenir qui veut se battre pour son bien-être. Cette jolie plèbe, engagée et active, sera celle qui se battra demain pour une autre cause et ragaillardie par la victoire suivante, poursuivra son combat perpétuel jusqu’à ce qu’un jour, nous ayons enfin notre pays rêvé. Les fumeurs ne seront plus là pour profiter du fruit de leur labeur, mais resteront à jamais les architectes silencieux de cette société idéale. Les éminences grises du bien commun.

D’ici là, ce ne sera pas facile pour nous. Déjà, tout autour de moi, c’est l’indignation, l’opprobre, l’infamie. Mon seul soutien me vient d’anciens fumeurs ou de fumeurs actifs. Ensemble, un peu à la manière de Spartiates entraînés depuis l’enfance à endurer les plus viles souffrances, nous nous supporterons collectivement. Malgré les nouvelles lois nous ostracisant, le petit nombre de résistants qui reste prendra sur lui tout l’avenir d’une nation.

Frères et soeurs de la cigarette, n’abandonnez pas!

12 commentaires:

Julia a dit...

Oh... Je tombe de haut! L'un des deux Vieux Garçons a un défaut! :(

Anonyme a dit...

:o)
Ma meilleure copine a beaucoup fumé et là, elle a un cancer des poumons... demandez... vous verrez... c très souffrant.

Fumez fumez... et à l'heure de la grande souffrance, faudra utiliser vos dernières énergies pour que l'euthanasie soit devenue une pratique courante et acceptée.

Lillie a dit...

Me voilà bien soulagée que d'autre comme moi assument leur dépendance avec autant de conviction...Mais on va tous finir par arrêter, sinon honte à nous! Il va nous rester quoi, quand les biens pensants vont nous avoir enlevé la clope, l'alcool, le jeu? On se rabbattra sur le chocolat!

Qu'àcelanEtienne a dit...

Si l'un des deux Vieux Garçons a ce vilain défaut qu'est la cigarette, l'autre a lui aussi son défaut: l'intolérance à la cigarette!!!

Allez Attrayan, fais comme les chiens et va dehors pour tes besoins! (scusez la provocation gratuite)

Albertine a dit...

Je vous lis depuis quelques temps. J'aime beaucoup votre humour et votre écriture vraiment bien foutue, qui n'a rien à envier aux chroniqueurs de tout acabit. Mais là, je trouve que vous atteignez réellement un sommet! Un texte qui allie le cynisme à une analyse très fine. J'apprécie particulièrement ce sens de l'emballement et de l'hyperbole, comme j'aime moi-même beaucoup les pratiquer.

Véronique a dit...

Haha, le texte était très bien écrit et très drôle.

Reste que la cigarette, ça pue.
Juste sentir des vêtements de fumeurs, ça m'écoeure.

Je comprends pas que quelqu'un puisse puer autant volontairement.
L'incontinence, l'itinérance,etc...je peux faire preuve d'empathie.
Mais puer de plein gré par choix (ie. en COMMENCER à fumer), je comprends pas.

Pauvre qu'àcelanetienne, tu devrais déménager les quartiers du fautif sur le balcon.

Anonyme a dit...

Honte à vous lillie : vous n'y pensez pas ! le chocolat !!!! La dépravation extrême. Et pis... si vous avalez 25 ou 50 chocolats par jour (genre 25 ou 50 cigarettes par jour) à moins d'être dotée d'une excellente constitution, vous allez devoir changer vos habitudes vestimentaires !!

Cela dit, merci Les Vieux Garçons... vous nous donnez à lire des morceaux de choix.

Et je signe : Lui-là

d a dit...

Tout ce temps à paufiner un texte pro-cancer!?

T'as raté une bonne occasion de checker la télé plus longtemps, au moins elle donne pas encore le cancer celle-là!

Cartouche a dit...

Ah là, mon monde s'écroule!

Moi, toute fière de mes poumons si roses, de ma FORCE de volonté sans faille, je déchante complètement: Sans les fumeurs, les non-fumeurs n'existent pas!

Ô destin cruel!

Ursule a dit...

Vivement les exclus! Le temps des terrasses s'en vient. :o)

Jeune Homme a dit...

Je savais qsue fumer aidait a créer un monde meilleur, mais jamais je n'aurais pu le décrire comme cela.

En espérant que les bien pensant puissent saisir le 2e degré de mon commentaire et de ce texte d'une rare qualité !

Anonyme a dit...

Attrayan, je te salue.